mardi 22 mai 2018

Qui est l’ingénieur tutoral ?




L’ingénieur tutoral est la personne qui réalise les actions d’ingénierie tutorale pour un digital learning, à savoir, définir, concevoir, diffuser et évaluer les services d’accompagnement des apprenants. Ce n’est donc pas un métier à part entière mais plus simplement une fonction qui peut être investie par différents individus.

La plupart des ingénieurs tutoraux sont les concepteurs pédagogiques dans la mesure où plusieurs actions d’ingénierie tutorale sont directement reliées au scénario pédagogique. C’est en particulier le cas du scénario tutoral qui est le résultat de la conception et de la quantification des interventions tutorales structurelles et conjoncturelles.

Toutefois, l’ingénieur tutoral peut également être le chef de projet digital learning qui est la personne qui a la vue la plus panoramique sur le projet.

L’ingénieur tutoral est moins fréquemment, mais peut l’être, le formateur-tuteur lorsqu’il est également le concepteur pédagogique.

Enfin, un poste d’ingénieur tutoral peut être occupé par un expert du tutorat.

Selon les contextes, la taille des organisations, celle des projets, le type d’ingénierie tutorale envisagé (cf. Les différents types d'ingénierie tutorale), l’ingénieur tutoral relèvera de tel ou tel profil.

Quelques compétences à avoir



lundi 14 mai 2018

La Téluq vire-t-elle une brosse ?


Le conflit qui oppose les tuteurs de la Téluq à leur direction ainsi que les prises de position qu’il suscite, telle celle de 63 professeurs, illustrent les différentes manières d’appréhender la formation à distance.

Le conflit en quelques mots

Une nouvelle catégorie d’emploi, les professeurs sous contrat, a été créée par la direction pour remplacer les tuteurs. En l’absence d’une pleine transparence de cette politique, il apparait que le bénéfice attendu soit essentiellement financier. Ainsi, la convention collective des professeurs sous contrat prévoit un volume d’encadrement des étudiants d’une durée trois fois moindre que celle prévue dans la convention collective des tuteurs. De plus, la Téluq sous-traite à une entreprise privée une part croissante des missions des tuteurs.

La prise de position de 63 professeurs affirmant que les tuteurs ne sont ni des professeurs ni des chargés de cours et la réponse de Jean Murdock et Nancy Turgeon, montrent deux visions de la formation à distance.

Pour mieux comprendre cette situation, il n’est pas inutile de revenir sur le process d’une formation à distance dont les étapes majeures sont la définition, la conception, la production et l’implémentation, la diffusion et l’évaluation (cf. Articulation des trois ingénieries d'un digital learning).

Le process d’une formation à distance

La définition d’une formation à distance relève de décisions politiques et s’incarne dans l’ingénierie de formation qui prend en compte différents éléments stratégiques qui échappent à la pédagogie, tels que la politique de l’établissement, la stratégie financière, le modèle économique qui en découle, les contraintes administratives, le suivi du déroulement de la formation, son évaluation… Elle consiste également à conduire un certain nombre d’études et d’analyse préalables portant sur l’identification et la qualification du public visé, les besoins de formation, la concurrence, les contraintes…

La conception relève de l’ingénierie pédagogique et de l’ingénierie tutorale. Elle demande le plus souvent non pas la seule intervention d’un professeur mais également d’experts du contenu, de pédagogues, d’ingénieurs tutoraux (cf. Les interlocuteurs de l'ingénieur tutoral), de scénaristes, d’ergonomes, de technologues, d’informaticiens. Il s’agit donc bien d’une production collective qui ne peut se résumer aux apports du seul professeur. Selon moi, le vedettariat que recherchent certains professeurs intervenant dans des MOOC ne peut servir de viatique pédagogique et encore moins de modèle pour des formations à distance de qualité. À contrario, les retours des tuteurs, qui sont les seuls à être en contact direct avec les apprenants, sur tel module ou activité sont précieux lors de la phase de conception et plus encore lors de la révision de la formation. (cf. Quel rôle pour les tuteurs dans la conception des digital learning ?)

La production nécessite la mobilisation de médiatiseurs utilisant des outils auteurs mais également des vidéastes, des illustrateurs, des infographistes, des bédéistes, des spécialistes du son, des comédiens, etc. Les ressources produites sont alors à assembler dans la plateforme de diffusion en respectant le scénario pédagogique conçu précédemment.

La diffusion aux étudiants nécessite un accompagnement dont les buts principaux sont d’éviter l’abandon en favorisant la persévérance, de faciliter l’atteinte de leurs objectifs académiques et personnels par les apprenants, d’approfondir leur apprentissage par la formulation de rétroactions aux activités et aux travaux évalués. Ces tâches sont celles des tuteurs. En fonction des dispositifs et du dimensionnement des services tutoraux lors de l’ingénierie tutorale, les tâches des tuteurs (cf. Des fonctions et des plans de support à l’apprentissage à investir par les tuteurs à distance) peuvent être orientées différemment mais elles n’en restent pas moins essentielles dans la mesure où c’est à travers elles que la relation pédagogique est établie entre les tuteurs représentants de l’institution et les apprenants.

L’évaluation gagne à associer l’ensemble des acteurs afin d’aboutir à des conclusions utiles à la révision de la formation.

Quelques remarques

Il apparait que la direction de la Téluq organise un désinvestissement certain de l’étape de diffusion. Diviser par trois le temps d’encadrement des étudiants ne peut en aucun cas assurer une qualité accrue de la relation pédagogique. Confier l’encadrement des étudiants à une entreprise extérieure en se séparant des tuteurs employés de tout temps par la Téluq indique a minima un changement de politique qui devrait être explicité et a maxima une recherche de gains financiers sur le dos des étudiants qui sont les bénéficiaires principaux du travail des tuteurs. S’il s’agit d’une politique revendiquée, elle mériterait davantage de transparence qui pourrait se manifester par la publication des termes du contrat confidentiel que la Téluq a passé avec une entreprise privée.

La conception, aussi perfectionnée soit-elle, n’atteint jamais une autoportance (cf. Autorportance des dispositifs FOAD et autonomie des apprenants) parfaite convenant à tous les étudiants quels qu’ils soient. C’est bien pour cela que des taux d’abandon pouvant dépasser les 90% des inscrits sont régulièrement relevés dans les dispositifs sans tutorat. Si la conception peut permettre une certaine individualisation de la formation, seule la relation tutorale autorise la personnalisation de l’apprentissage. A noter également les résultats récents d’une recherche finlandaise, certes consacrée aux modalités présentielles mais dont il est probable qu’elle soit transposable à la formation à distance tant l’isolement de l’apprenant est une source d’abandon, qui conclue ainsi « Au final, l’interaction entre l’enseignant et l’élève influe davantage les résultats scolaires que les outils pédagogiques ou la taille des classes. »

L’affirmation des 63 professeurs, « la majorité des étudiants ne ressentent que très rarement, voire jamais, le besoin d’être accompagnés par une personne tutrice et font donc appel à elle uniquement pour corriger leurs travaux, la plupart du temps. », mériterait d’être étayée par les résultats d’enquête et dénote plus sûrement l’éloignement de ceux-ci avec les étudiants. A noter qu’un récent sondage de l’association étudiante de la TÉLUQ, indique qu’entre 87% et 94% des étudiants de la TÉLUQ ont eu recours à leurs tuteurs. L’affirmation des 63 professeurs est d’autant plus curieuse, que leurs aînés tels Pierre Gagné ne se lassait jamais de préconiser de « moins enseigner pour qu’ils apprennent plus » ou André-Jacques Deschênes qui considérait les rétroactions aux travaux comme un des services les plus importants à offrir aux étudiants (cf. La rétroaction, support d'apprentissage ?). 

Cet autre passage de la lettre des 63 professeurs « «auto-apprentissage» signifie que l’étudiant apprend essentiellement par lui-même ou par elle-même » interroge sur l’approche pédagogique qui est sous-tendue. L’auto-apprentissage semble ainsi considéré comme un apprentissage solitaire, comme un face à face muet avec les ressources qui relève plus du modèle transmissif que du socio-constructivisme dont la Téluq se prévalait (se prévaut encore ?). Faut-il rappeler que l’autonomie de l’apprenant ne peut jamais être un prérequis mais est toujours un objectif que l'apprenant peut atteindre grâce aux interventions d’étayage et désétayage des tuteurs ? (cf. Autonomie : objectif ou prérequis ?).

Il est bien triste, pour un diplômé de la Téluq comme moi, de voir l’évolution actuelle de cette institution. Alors qu’elle a été pionnière dans la formation à distance, la voir céder au primat de la conception et de la médiatisation au désavantage de la médiation (cf. Médiation, médiatisation et apprentissage de Geneviève Jacquinot), être oublieuse de son histoire qui pourrait pourtant être féconde pour toutes les institutions qui investissent aujourd’hui la formation à distance, qui ne peut se résumer aux MOOC, c’est un peu comme « être sur la brosse » (avoir la gueule de bois) sans avoir bu un seul verre.

Je m'autorise donc une suggestion : solliciter l'avis des étudiants sur les orientations actuelles de la direction de la Téluq. En effet, ce sont à eux que la Téluq dans son ensemble devrait d'abord penser. D'une part, parce sans eux il n'y a pas de raison d'être, d'autre part, parce qu'en tant que clients, ils ont un droit de regard sur tout ce qui peut impacter la qualité des formations qui leur sont proposées, à commencer par les services tutoraux. 


jeudi 19 avril 2018

Interpellation du député Gabriel Nadeau-Dubois sur la situation à la Téluq


Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin et Nancy Turgeon, présidente du Syndicat des tuteurs et tutrices de la TELUQ se sont exprimés depuis le hall de l'hôtel du Parlement du Québec pour alerter le Gouvernement sur la privatisation des services d'encadrement des étudiants de la Téluq.










Lien vers la vidéo (12 premières minutes)

mercredi 18 avril 2018

L’Université TÉLUQ : un changement bien mal parti. Patrick Guillemet

Voici un nouveau texte faisant écho au conflit des tuteurs de la Téluq. Où l'on constate que la direction sans mémoire, ignorant les acteurs qui font l'ADN de la Téluq, prétend faire son avenir.



L’Université TÉLUQ : un changement bien mal parti

J’ai lu avec surprise et tristesse la réponse du directeur général de l’Université TÉLUQ à la lettre de mon ancien collègue Richard Pitre. Quoi ? La Téluq serait encore aux prises avec des problèmes douloureux et envisagerait maintenant un changement radical afin d’assurer son avenir après avoir été, il n’y a pas très longtemps, menacée de fermeture ? Quoi ? Plus de 200 personnes, les tuteurs, qui assuraient jusqu’à présent le lien pédagogique essentiel de l’institution avec ses étudiants se voient dès maintenant en passe de perdre leur emploi ? Le tout sans explication aucune, et sans qu’aucun reproche ne leur ait été adressé ? Et ceci alors que les inscriptions étudiantes sont en légère hausse ? Mais que se passe-t-il donc ? J’ai étudié l’histoire de la Télé-université et je cherche moi aussi à saisir ce que tente d’expliquer le directeur général. Mais j’ai beaucoup de difficulté à le suivre.

Un changement, donc, est en cours pour répondre aux besoins des étudiants et à ceux de la société. Mais de quoi s’agit-il ? Le plan stratégique 2016-2019 de la Téluq, adopté en mars 2016, qui énonce un ensemble de principes directeurs, parmi lesquels l’actualisation de l’offre de formation, le soutien à la réussite étudiante et l’augmentation de la fréquentation étudiante, ne parle pas des besoins de la société et ne fait pas état des changements envisagés. Plus audacieux, le document « L’enseignement supérieur à l’ère du numérique », élaboré un mois plus tard et qui se présente comme le positionnement stratégique de la Téluq, définit les trois principes qui fondent ses actions, soit l’innovation portée par la recherche, l’accent mis sur la réussite étudiante, ainsi que la mise à jour continue des cours. Il propose ainsi un ensemble d’actions pour favoriser le développement de la formation continue numérisée en partenariat avec les autres universités du Québec et de la francophonie. Et rien de plus. En fait, le changement du modèle d’encadrement de la Téluq trouve plutôt sa source dans la nouvelle convention collective des professeurs signée en mai 2017, où figurent toutes les nouvelles règles du jeu. Adoptée par le conseil d’administration lors d’une réunion secrète en vidéoconférence, ses justifications demeurent inconnues et le directeur général a refusé à plusieurs reprises de s’en expliquer.

Il y a plus. Le directeur général affirme que les personnes tutrices sont un corps d’emploi créé à l’Université TÉLUQ pour soutenir le corps professoral. Or, cela est faux puisque cette « Université TÉLUQ » n’est autre que la vitrine publicitaire de la Télé-université, créée en 1972 sans professeurs et où le corps professoral ne s’est développé qu’à partir de 1983, alors que les personnes tutrices, présentes dès le début, ont continué à y assumer une importante charge d’enseignement. Ce rôle d’enseignant vient d’ailleurs d’être souligné par les syndicats de chargés de cours des universités québécoises qui reconnaissent dans les personnes tutrices des enseignants d’expérience [i]. Mais on remarquera aussi que pour le directeur général, « ce sont les professeurs qui conçoivent les cours, les révisent et en sont responsables. » Voilà une bien étrange représentation de l’enseignement d’où est absente l’interaction, si essentielle quand l’étudiant éprouve des difficultés et que sa réussite est en jeu, ou tout simplement quand le cours, devenu désuet, nécessite quelques réajustements avant d’être enfin révisé. À cet égard, bien plus que l’adaptation aux besoins de la mythique société 4.0, cette vision de l’université rappelle la séparation entre le professeur et l’étudiant dans l’espace et dans le temps, issue de l’enseignement par correspondance et érigée ici en principe. On est loin du 4.0, et même du 2.0.

L’importance d’un changement à la Télé-université n’est cependant plus à démontrer. En effet, selon les dernières estimations, le taux de réussite à la Téluq tourne autour de 25 %. Qui plus est, elle a perdu à partir de 2010 sa position de leader au profit de l’Université Laval qui représente maintenant 58 % du marché de la formation à distance universitaire, contre 33 % à la Téluq [ii].

Mais non ! Déni, fuite en avant, dissimulation, absolutisme. Ces travers de l’Université TÉLUQ font en sorte qu’elle est maintenant contredite par ses propres enseignements, qu’il s’agisse de la gestion des ressources humaines, du droit du travail, des relations de travail, de la stratégie d’entreprise, ou bien sûr de l’éthique [iii]. Peut-être lui faut-il, à son tour, retourner sur les bancs d’école pour réapprendre qu’avant de se précipiter sur des recettes magiques il faut prendre la mesure de ce qui doit être changé. Elle découvrirait sans doute ainsi que les succès de l’Université Laval ne résident pas tant dans la taille de son corps professoral que dans l’option qu’elle a prise il y a quelques années de développer une offre de formation hybride basée sur un éventail de formules basées sur l’alternance entre des études à domicile et sur campus, permettant aux étudiants de choisir le mode d’interaction avec les professeurs qui leur convient le mieux. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’UQAM ait elle aussi récemment choisi de lancer un projet pilote de trois ans portant sur une formation en mode présentiel enrichi, hybride, bimodal et à distance. Il s’agit là d’une approche à laquelle se refuse l’Université TÉLUQ, toute persuadée qu’elle est de la supériorité de son modèle basé sur une banque de cours numériques si bien conçus qu’ils ne nécessitent qu’une assistance minimale.

Changer, oui, bien sûr. Mais la condition première d’un changement réussi, surtout quand il est radical, est la communication transparente de ses objectifs et moyens, accompagnée d’une négociation. Au lieu de quoi, outre les cachotteries et l’envoi aux personnes tutrices d’un ultimatum les sommant d’accepter les nouvelles règles du jeu, le message qui leur est adressé et dont témoigne la lettre du directeur général, est qu’elles sont en quelque sorte du personnel jetable, maintenant qu’elles sont remplacées par des professeurs sous contrat. Des professeurs, d’ailleurs, qui n’en sont pas vraiment, et qui sont eux aussi jetables, comme le démontre le professeur de l’UQAM Ricardo Peñafiel [iv).

Décidément, ce changement, dont on ne sait à quels besoins il prétend répondre, est bien mal parti et j’y vois un terrible faux pas de la part de cette Université TÉLUQ si pressée de retrouver sa gloire passée. Elle joue son va-tout, indifférente aux dommages collatéraux qu’elle inflige. Mais je commence à craindre que cette arrogance ne lui soit, à elle aussi, fatale.

Patrick Guillemet
Retraité de la Télé-université et auteur de l’ouvrage : « Former à distance. La Télé-université et l’accès à l’enseignement supérieur 1972-2006 », Presses de l’Université du Québec, 2007.


[i] Déclaration commune des syndicats de chargé-es de cours, Journal Métro, 13 et 15 mars 2018.
[iv] Conflit de travail à la TÉLUQ. Prélude de e-campus ?, À Bâbord, No 74, avril/mai 2018.

lundi 16 avril 2018

La TÉLUQ se débarrasse en douce de ses tuteurs. Richard Pitre

Je me fais l'écho du cri d'alarme de Richard Pitre, tuteur de la Téluq.

En tant qu'ancien étudiant de la Téluq, je sais toute la valeur des tuteurs qui contribuent à la réussite des études de ceux qui s'y inscrivent. Alors que la Téluq a si longtemps pu être citée en exemple, notamment dans le monde francophone, pour l'organisation de son tutorat, que la reconnaissance de ses tuteurs est validée par une convention collective, que la contribution du syndicat des tuteurs dans la formation même de leurs adhérents est remarquable, une direction autiste et méprisante poursuit son oeuvre de destruction de ce qui a fait, durant tant d'années, la qualité et la réputation de cette université à distance.























La TÉLUQ se débarrasse en douce de ses tuteurs

Quelques semaines après avoir été invité, l’automne dernier, à la Fête de la reconnaissance pour me remercier de mes 25 ans de services et de la grande qualité de mon travail, j’ai appris de source informelle que la TÉLUQ souhaitait remplacer toutes les personnes tutrices par du nouveau personnel et que mon emploi serait éliminé.

Dès janvier, je n’avais plus que quelques étudiants résiduels, soit environ de 15 % de ma tâche normale et de mes revenus habituels, et ce, après avoir assuré l’accompagnement et le suivi de près de 8000 étudiants depuis 1991.

Sans avertissement, sans aucun préavis, sans explication, sans aucune discussion ni entente avec mon syndicat, rien, la TÉLUQ a décidé d’embaucher des «professeurs sous contrat» pour essentiellement faire le travail des personnes tutrices. Une nouvelle convention collective entre les professeurs de la TÉLUQ et la direction crée une nouvelle catégorie de professeurs de deuxième classe. Ils n’ont pas les mêmes tâches, ni la permanence, ni le même salaire que les professeurs réguliers. En réalité, ils ont été embauchés pour remplacer tout simplement les personnes tutrices sans aucune forme de considération, ni de respects des conventions. Du coup, le syndicat des professeurs de la TÉLUQ incorpore en son sein cette sous-catégorie de «professeurs sous contrat» et fait fi du syndicat des tuteurs et tutrices.

D’ailleurs, depuis août dernier, la direction de la TÉLUQ fait en sorte de bloquer l’avancement des négociations. Résultat : après huit mois de négociations, je ne sais toujours pas ce qu’il adviendra de mon travail et tout semble mis en œuvre pour que cette situation perdure jusqu’à l’asphyxie des tuteurs et tutrices.

Parmi les rares informations provenant de la TÉLUQ, j’apprends que l’embauche de plusieurs autres «professeurs sous contrat» est prévue toujours dans la logique de nous faire disparaître. Pour de nombreux tuteurs et tutrices, comme moi, le fait de ne pas savoir ce qu’il arrivera est difficile à vivre. Étant sous contrat avec la TÉLUQ, je ne peux véritablement me chercher un autre emploi, mais la TÉLUQ n’assume plus sa part du contrat qui consistait à me fournir un nombre d’étudiants équivalant à une tâche à temps plein, comme c’était le cas depuis plus de 15 ans.

Une collègue m’a fait part de son désespoir de la situation. Désormais sans ressources financières à près de 60 ans, elle se sent humiliée et en grande détresse psychologique. Plusieurs sont angoissés, ou en colère, et ne savent plus quoi faire. Nous sommes nombreux à ressentir du mépris et de l’indifférence de la part d’un employeur pour lequel on a consacré dix, vingt ou trente ans de notre vie.

Je reçois actuellement 15 % seulement de mon salaire habituel. Je n’ai pas droit à l’assurance-emploi et mon employeur refuse d’éclaircir la situation. Comme plusieurs de mes collègues, je suis outré et refuse le silence de la Téluq quant à nos conditions de travail.

Jamais nous n’avons été mis au courant des intentions de la TÉLUQ et encore aujourd’hui, rien n’est dit de ce qu’il adviendra de nous. Je souhaite dénoncer haut et fort cette situation et j’appelle la direction de la TÉLUQ à de la transparence et à régler rapidement cette situation.

Richard Pitre PhD, Tuteur à la TÉLUQ depuis 26 ans
Tribune également parue dans le journal Le Soleil et le Huffington Post


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